Nous sommes toujours là..

Le 13-02-2010 • Pays : Burkina Faso

Anitélé, ( bonjour)

Petit message à l'attention de nos lecteurs assidus qui sont en train de paniquer en pensant que nous les avons abandonner pour couler des jours heureux au soleil de Bobo Dioulasso.... Rassurez vous, nous travaillons toujours autant, mais on ne peut pas écrire et rencontrer les gens en même temps. Donc, pour vous mettre l'eau à la bouche, sachez qu'arriveront bientôt les entretiens du Professeur Prosper Kompaore, qui a remis au gout burkinabé les théories du théâtre de l'opprimé, notre rencontre avec les membres  du Musée Provincial  de Bobo Dioulasso, un entretien avec le Directeur Régional de la Culture et Secrétaire Permanent de la Semaine de la Culture de Bobo Dioulasso et en exclusivité notre rencontre avec les jumeaux Ouattara, deux artistes qui vont vous plaire au premier mot.... d'autant plus qu'avec eux nous serons sur les photos.....

Sinon sachez qu'il a plu aujourd'hui à Bobo, ce qui nous réjouit car ca nous rafraichit un peu, étant donné que les températures minimales sont comprises entre 40 et 43 degrés tous les jours, et que les clims sont rares. Sinon nous partageons le quotidien de la grande famille Diaby, pour notre plus grand plaisir....

on vous retrouve bientôt.... Kanbé ( Au revoir en dioula)

 

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L’art, un chemin difficile.

Le 13-02-2010 • Pays : Burkina Faso

Entretien réalisé avec Hamadoo kouraogo, artiste bronzier modeleur,  fondeur, basé au CNAA, Centre National de l’Artisanat d’Art.

Lorsqu’on entre au centre national de l’artisanat d’art, c’est un peu comme si l’on arrivait dans un gigantesque atelier d’artiste à ciel ouvert. Une variété d’hommes travaillent sur différents supports et s’exercent en groupe à maîtriser chacun leur instrument de communication, qu’il s’agisse de teinture, de bois ou de bronze. Et alors que nous arpentons les différentes rangées d’ateliers qui s’offrent à nous, nous sommes attirés par des sculpteurs qui s’apprêtent à faire fondre du bronze. L’un d’entre eux, Youssouf nous remarque et nous propose de mieux découvrir et de mieux comprendre ce qu’ils font. Un peu timides tout d’abord, nous le suivons et écoutons ses explications avant de lui expliquer la raison de notre venue. Tout naturellement et avec le sourire de l’initié, il nous présente au Maitre des lieux, le sculpteur bronzier Hamado Kouraogo.

Pour celui qui s’intéresse à la sculpture africaine, ce nom est loin d’être inconnu car l’homme fait partie des grands sculpteurs burkinabés. Il est l’inventeur d’un mode de sculpter particulier crée à partir de la technique traditionnelle de la cire perdue et, dans lequel la cire est remplacée par des écorces de palmiers. Ces dernières entourées d’argile sont ensuite dissoutes dans le bronze pour donner des sculptures particulières à mi chemin entre l’art et la nature.

Assis sur un canapé rouge, qui nous apparait comme un trône, l’homme nous invite à le rejoindre et se prête avec sagesse et humilité à toutes nos questions. Pour lui, qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école, l’échange et la discussion sont primordiaux et il se rit des artistes qui à force de succès s’enferment dans leur solitude et refusent de laisser entrer quiconque dans leur univers.  A ses débuts, Kouraogo a choisit l’art pour trouver sa voie, et pour donner quelque chose à faire à son esprit. Il voulait aussi montrer qu’on peut dire des choses et apprendre le monde sans passer par les bancs de l’école. L’art comme l’élevage ou l’enseignement sont chacune des voies pour mieux se découvrir et découvrir le monde mais aucune ne prévaut sur les autres. L’apprentissage peut se faire dans de nombreux endroits, l’essentiel étant d’être convaincu de ce que l’on fait et d’essayer de participer à l’évolution de la branche pour laquelle on travaille. En ce qui concerne la sculpture en effet, l’histoire de cet art montre qu’il peut évoluer et grandir grâce à l’ingéniosité et à l’innovation de ceux qui le pratique. Ainsi, les premiers sculpteurs n’étaient capables de faire que des petits personnages, puis la technique se perfectionnant on est parvenu à fabriquer des personnage en entier à partir d’un même moule. Aujourd’hui pour Kouraogo l’innovation est à chercher du côté du renouvellement des matériaux utilisés, et c’est pourquoi il travaille à partir d’écorces de palmier. Lui qui a commencé la sculpture en travaillant sur les finitions des autres, envisage aujourd’hui son travail globalement et place la recherche d’originalité et l’innovation au dessus de tout. Car cette recherche constante de nouveauté qu’il exige aussi de ses apprentis, est une manière de remercier et d’attirer le public, car on ne peut pas donner  à  voir quelque chose que d’autres ont déjà montré ni se satisfaire de la qualité de sa propre copie. Ainsi, le chemin de l’art est difficile et n’est pas donné d’emblée, il nécessite de la recherche, de la technique et surtout  de la volonté, d’autant que la situation des artistes est aujourd’hui encore difficile au Burkina Faso. Souvent ceux qui veulent entrer dans le monde de l’art sont perçus comme des voyous, et des bons à rien, et doivent prouver leur talent et leur bonne volonté pour être enfin reconnus aux yeux des autres et bien souvent de leur propre famille. Même si la situation s’améliore aujourd’hui dans ce pays grâce à des structures comme le CNAA qui permettent aux artistes d’être répertoriés comme des travailleurs, de payer leurs impôts et d’être finalement considérés comme une partie intégrante de la société, la route est encore longue et les artistes doivent continuer à se battre pour la reconnaissance de leur art avec courage et passion. Mais surtout, ils doivent continuer à travailler ensemble et à se transmettre leur savoir faire les uns aux autres. La formation collective, loin de nuire à la créativité de chacun permet de créer une continuité  des savoirs faire, qui s’accumulant les uns aux autres permettent qu’on les dépasse et qu’avance collectivement l’histoire de l’art. Alors même qu’une technique non transmise disparaitrait avec son inventeur, un savoir faire partagé permet qu’on l’assimile et qu’on le dépasse en créant autre chose à partir de celui-ci. Aujourd’hui on ne sait pas qui a inventé la technique de la cire perdue, et il est probable que les sculpteurs de demain ignorent le nom de Kouraogo, mais ils connaitront et maitriseront tous sa technique, et dans leurs œuvres, c’est tous les sculpteurs d’antan qui survivront un peu, chacun ayant laissé une trace dans l’histoire grâce à sa manière de faire, de sa manière de voir.

Ainsi, si l’homme parle peu, ce qu’il dit est essentiel. Avec ses mots et ses actes il propose une définition de l’art  comme une passion collective marquée par la sagesse, la persévérance et le respect du travail fait et à venir. Loin des paillettes d’une reconnaissance personnelle, Kouraogo milite pour l’apprentissage en équipe, et l’innovation plurielle. La sagesse qu’il incarne émane de ses personnages au corps longilignes, et aux couleurs verts d’eau qui semblent vous observer calmement et vous adjoindre à plus de raison. Et alors qu’il achève notre conversation,  on dirait qu’il ressemble à ses sculptures. Sage, digne et plein d’humanité.

Fodé et Zoé

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Le Centre Lukare : grenier de savoir faire et d'innovation

Le 04-02-2010 • Pays : Burkina Faso

Entretien réalisé avec Monsieur INOUSSA Dao, artiste Designer, membre fondateur du Centre Lukaré situé au 275,rue Bassi, secteur 09 Gounghin, 04 BP 372 Ouagadougou 04 au Burkina Faso.

 

Le courage et la détermination sont aujourd’hui les seuls moyens de lutte pour permettre aux artistes africains de s’en sortir. Afin de ne pas se satisfaire d’un statut d’artisan en marge, et de trouver une autre porte de sortie, nombreux sont ceux qui très tôt cherchent à atteindre leur objectif : être indépendant. Inoussa Dao, artiste designer est de ceux là : Apprenant au coté de son frère à partir de 1999, Dao apprend à concevoir et fabriquer tous types d’objets, acquérant sans le savoir les galons d’un véritable designer. Mais alors qu’il a du mal à s’affranchir du patronage de son frère, qui pourtant l’incite à aller de l’avant, il obtient en 2006, le premier prix du SIAO, Salon International d’Artisanat de Ouagadougou, évènement culturel de renommée internationale. A partir de cette première reconnaissance, il décide, accompagné de trois autres artistes spécialisés dans le design, la peinture et la sculpture, de créer une structure collective tournée sur le design, la décoration intérieure et l’art contemporain. Cette structure prend le nom de « Centre Lukaré » qui signifie en peul « le grenier ». Réservoir de talents et de savoir faire, le « grenier »  est un lieu de création artistique, d’exposition et de vente.  En effet, Les artistes qui y travaillent  conçoivent et fabriquent leurs œuvres sur place avant de les exposer dans une galerie attenante au Centre. Mais surtout et avant tout le Centre Lukare est un lieu de formation dans lequel les jeunes qui s’y engagent apprennent à devenir non seulement de bons techniciens mais aussi des artistes capables de faire preuve d’originalité et de créativité.

« Appendre pour vous et par vous »                            

Installé dans le quartier populaire de Gounghin, on pourrait dire du Centre Lukaré qu’il est un centre d’insertion sociale en faveur des jeunes en mal d’avenir puisque on y propose une formation aux métiers manuels pour tous ceux qui le souhaitent sans sélection préalable ni exigence d’un quelconque diplôme. La seule qualité requise est la volonté d’apprendre et de réussir au sein du groupe.  Mais contrairement aux ateliers de type traditionnel dans lesquels les jeunes sont formés par le biais de la copie, les apprentis du Centre  apprennent  d’abord la soudure, élément de  base du métier,  et une fois l’expérience  acquise, au bout d’un an environ, on leur demande de se faire force de proposition et de créer eux-mêmes leurs propres œuvres dans la branche de leurs choix, design, peinture ou sculpture.  Pour ce faire, et apprendre à théoriser leur travail, et à passer du monde manuel à la sphère intellectuelle, chacun doit s’initier aux techniques du dessin afin d’apprendre à représenter ce qu’il souhaite réaliser.  Le formateur, loin d’imposer ses propres vues, oriente, corrige, et rend possible les différents modèles imaginés, en demandant à tous de conserver précieusement leurs différents dessins  afin de pouvoir juger de leur évolution au cours du temps. Les éléments théoriques, généralement enseignés dans des écoles d’art de niveau universitaire, sont ici assimilés empiriquement et adaptés au rythme et aux contraintes de chacun ; l’effervescence et l’énergie du groupe participant à pallier les lacunes qui pourraient subsister.

C’est donc dire que le Centre Lukare se substitue à l’école d’art, toujours inexistante au Burkina Faso, et permet à des jeunes qui  se sont désintéressés de l’école, de devenir de véritables designers, dont le métier est qui plus est assuré après leur formation puisque chacun contribue à augmenter la production du Centre, et initie également d’autres jeunes à cette formation. Les élèves deviennent professeur à leur tour et transmettent leur savoir faire,  mais surtout l’envie d’innover aux nouveaux arrivants. Ainsi seulement quatre ans après son ouverture, le Centre Lukare a aujourd’hui 52 personnes à son actif, et ne compte pas s’arrêter là. La formation hors du circuit scolaire, rend presque caduque ce dernier, car elle prouve que chacun peut parvenir à ses fins, indépendamment de ses connaissances d’origine. La philosophie communautaire et globale du Centre Lukare permet de donner une chance à tous et garantie une production toujours renouvelée. Cette innovation constante contribue à la qualité et à l’originalité des œuvres réalisées et attire aujourd’hui de nombreux acheteurs internationaux.  

En effet,  le public privilégié du Centre se trouve majoritairement en Europe, où de nombreuses chaînes de commerce équitable sont attirées par le travail de ces burkinabés atypiques qui proposent des œuvres de qualité, et répondent sans aucune difficulté aux différentes commandes passées, sans délais, ni coûts supplémentaires. Car pour le Centre le professionnalisme est une donnée  essentielle de la réussite, et ces administrateurs ont pour mission de répondre rapidement à toutes les commandes. Cependant, si la plupart des clients arrivent par le biais d’internet et sont très loin des réalités burkinabaises, les membres du Centre Lukare ne négligent pas pour autant leurs concitoyens et mettent un point d’honneur à travailler et à vivre au Burkina Faso. Et même si ceux qui peuvent passer les voir, ne sont pas ceux qui achèteront leurs œuvres malgré un tarif local revu à la baisse, ce sont leurs encouragements et leurs félicitations qui aident et animent les fondateurs du Centre. Par ailleurs, ils ont à cœur de développer la reconnaissance de l’art contemporain dans leur pays, et recourent pour cela à une des plus vieilles méthodes du monde, mais qui fait ses preuve : le bouche à oreille. Invitant leurs ami(e)s, connaissances, ou parents à venir voir leurs propres  réalisations ou celles d’autres artistes exposés en ville, ils cherchent à abolir les frontières symboliques qui séparent le milieu de l’art du reste de la population, et  amènent leurs proches à se rendre dans des lieux qu’ils pourraient croire réservé à une élite comme le Centre Culturel Français par exemple. Aujourd’hui Inoussa Dao est fier de dire que les Burkinabés ne sont plus aussi rétifs à l’art qu’auparavant et commencent à accorder une place aux artistes dans leur société même s’ils pensent encore que l’on devient artiste une fois que toutes les autres possibilités d’avenir ont été avortées, et qu’il ne reste alors plus rien d’autre à faire pour envisager de s’en sortir. Mais les mentalités sont amenées à changer, et les initiatives comme celles de Lukare participent à donner une meilleure image des artistes dans ce pays. 

Aussi, le Centre Lukaré  représente à la fois, un lieu de création énergique au service de la création contemporaine, un centre de formation efficace et ouvert à tous, et un collectif pluriel unis par une philosophie commune à cheval entre tradition et modernité. Et c’est peut être cet équilibre entre la tradition, la modernité, l’art et l’artisanat, le national et l’international qui donne toute sa particularité au Centre Lukare. Et à les voir, on a vraiment le sentiment que ceux là on tout compris. On les regarde faire, en se disant qu’il serait bien de voir ce type d’initiatives développées ailleurs en Afrique de l’ouest, pour que s’écrivent enfin la véritable histoire, d’un art et d’un design made in Africa.

Fodé et Zoé

 

 

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Le Musée National de Ouagadougou, entre construction et déconstruction …..

Le 02-02-2010 • Pays : Burkina Faso

Entretiens réalisés avec Mme Aminata SAWADOGO, Directrice du Musée National du Burkina Faso et M.  Ali LOUGUET, Directeur des Expositions et Animations.

Immense complexe de plusieurs bâtiments de style soudanais, le Musée National du Burkina Faso  à Ouagadougou a été pensé comme un lieu pluriel porteur de  l’âme de la culture burkinabée. Avec  ses 29 hectares, il fait partie des plus grands Musées de l’Afrique. Actuellement composé de deux salles d’expositions, il est cependant toujours en travaux depuis  1999. Le restaurant initialement prévu a l’entrée du Musée n’a toujours pas vu le jour et l’amphithéâtre crée pour accueillir des spectacles et différentes cérémonies est aujourd’hui encore en construction, rendant l’exploitation du site très difficile. En 2009, le Conseil des Ministres a acté la  fin des travaux et l’accélération des procédures mais pour le moment la situation n’a pas évoluée. En effet, la crise économique mondiale, et les conséquences très présentes au Burkina Faso de la crise ivoirienne, ont amené le gouvernement burkinabé à réduire considérablement le budget alloué au Musée National qui est passé d’une subvention ordinaire de  65 millions de francs CFA, à  une « contribution » de 4 millions de FCFA en 2009, soit une somme qui permet seulement d’assurer les frais liés à la présence et à la permanence du personnel. L’Etat souhaite que cette baisse budgétaire soit compensée par la recherche de nouveaux bailleurs de fonds, notamment issus du secteur privé mais l’état actuel de l’économie laisse à penser que ces ambitions sont difficilement réalisables dans un avenir proche.   Ce Goliath monumental est donc d’autant plus fragilisé qu’il coûte plus cher qu’il ne rapporte. Ses équipes ne peuvent compter que sur les maigres recettes de la fréquentation du Musée, dans la mesure où ni le restaurant, ni l’amphithéâtre ne permettent aujourd’hui de ramener des fonds.        M. LOUQUET souligne que ce manque de convivialité joue à la fois sur le manque à gagner du Musée, car l’amphithéâtre pourrait s’il était achevé être mis en location pour des mariages ou des conférences, et sur la baisse des fréquentions du Musée par rapport à son ancienne localisation dans la Maison du Peuple. En effet, situé à côté d’un maquis, il attirait plus les ouagalais, qui venus boire un verre, pouvaient profiter de cet excursion pour entrer dans le Musée

Les objectifs fixés au Musée, à savoir la sauvegarde du patrimoine et la promotion des témoins matériels des Burkinabés alliés à une plus grande ouverture sur l’art contemporain, sont donc particulièrement difficiles à atteindre et reposent sur la force et la vitalité des équipes du Musée regroupées depuis 2003 autour de la directrice Mme Aminata SAWADOGO.  Pour eux, la priorité est aujourd’hui de faire venir au Musée les Burkinabés qui sont encore trop peu nombreux à fréquenter le Musée, même si les statistiques montrent un regain de fréquentation ces dernières années. Cela s’explique en partie par le fait que les burkinabés n’ont pas grand  intérêt à venir voir exposés des objets ethnographiques qui font pour eux partie du quotidien et s’inscrivent dans des rituels particuliers qui ne peuvent pas être rendus dans une salle d’exposition. 

C’est pourquoi aujourd’hui le Musée souhaite décentraliser  dans les communes et villes environnantes ses collections ethnographiques afin de les rendre plus proches de leurs lieux d’origine et de permettre en son sein une  plus grande ouverture à l’art et aux artistes contemporains.  En effet, le musée qui possède déjà une centaine d’œuvres contemporaines  d’artistes primés lors des Semaines Nationales de la culture, évènement culturel annuel de Bobo Dioulasso, s’apprête à mettre en place des pavillons d’art contemporain, pour ouvrir  des expositions  à de jeunes artistes burkinabés et étrangers.  Ceci d’autant plus que le Musée est aujourd’hui responsable du site de Laongo, géré par l’office de tourisme, et qui accueille chaque année des sculpteurs venus du monde entier pour sculpter les rochers de granit. En 2010, une dizaine d’artistes burkinabés et étrangers seront invités sur le site pour une résidence artistique d’une durée d’un mois. Par ailleurs, pour les responsables du Musée, il est aujourd’hui grand temps de proposer de nouveaux types d’exposition plus proches des demandes du public africain, et moins calqués sur le modèle européen. Ainsi, en 2010 ouvrira une exposition itinérante intitulée A comme Afrique et réalisée en partenariat avec l’école du Patrimoine africain, le Ministère des Affaires étrangères français  ainsi que différents musées d’Afrique anglophone et francophone et le Musée du Quai Branly en France. Regroupés autour des 26 lettres de l’alphabet, 26 modules présenteront de manière vivante et didactique les différents pans de la culture africaine, en proposant de s’arrêter par exemple sur le C de Cuisine ou le P de peinture. Des animations viendront agrémenter  l’exposition afin de donner une plus grande part à l’implication du public.  De plus, ces animations et le propos de l’exposition s’adapteront au lieu de diffusion de celle-ci afin de coller au plus près avec les attentes du public sur place.

Mais de telles initiatives, si elles présagent d’un renouveau de l’action muséale au Burkina Faso et plus largement en Afrique de l’Ouest ne peuvent être effectives que si elles sont accompagnées d’un changement de mentalités vis-à-vis des Musées en Afrique. L’enjeu majeur  aujourd’hui est donc de redorer l’image du musée et plus largement de la culture auprès des populations locales et notamment des plus jeunes, qui sont  la priorité du Musée National du Burkina Faso.  Ainsi, le musée accueille chaque semaine une cinquantaine de jeunes scolaires afin de les familiariser  avec leur patrimoine culturel. De nombreux exercices sont mis en place en relation avec les enseignants comme des ateliers d’écriture par exemple, dans lesquels les élèves doivent mettre en scène les objets et les membres du Musée. C’est ainsi qu’une classe de CM1 a donné vie à l’inspecteur Mamadou, inspecteur de police audacieux qui résout les différents vols d’œuvres du Musée tout en expliquant la provenance et le rôle de chacune de ces œuvres disparues. Mais afin de rendre leur action plus efficace, les équipes du musée en partenariat avec  l’Ecole du Patrimoine Africain travaille à mettre en place une expérience déjà existante dans les Musées du Benin et du Sénégal : les mallettes pédagogiques. Musée miniature et transportable, ces mallettes qui contiennent chacune des objets issus du musée et particulièrement expressifs, permettent d’agir extra muros en allant à la rencontre des enfants qu’ils soient scolarisés ou non. La mallette devient un outil de dialogue et se substitut au Musée afin d’en abolir la frontière symbolique qui empêche la plupart des enfants de s’y rendre. Adaptées à différents types d’enfants ces mallettes se posent comme de véritable passeport pour la culture qui donnent envie à de nombreux enfants de venir voir de plus près  ce qui se passe au Musée. Ainsi, le musée de Kétou au Bénin, a accueilli environ 30000 enfants à la suite de cette expérience. 

Dès lors, malgré les difficultés structurelles et budgétaires du Musée National du Burkina Faso, beaucoup d’initiatives sont prises en faveur du public burkinabé, et  les Musées Nationaux africains qui travaillent aujourd’hui de plus en plus en collaboration sont les prescripteurs de nouvelles politiques culturelles communes et propres à la situation africaine. Cependant, dans le cas du Musée National du Burkina Faso, le manque de moyens financiers reste une entrave majeure à l’application d’initiatives qui mériterait qu’on leur accorde toute notre attention

Fodé et Zoé

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site de laongo

Le 02-02-2010 • Pays : Burkina Faso

Bonjour à vous tous,

Ce dimanche 31 janvier, nous sommes allés sur le site de Laongo, site granitique dans lequel des sculpteurs du monde entier se retrouvent depuis 1987 pour travailler sur les rochers qui affleurent. Musée naturel, en pleine savane, on trouve ici des représentations très traditionnelles et d'autres beaucoup plus modernes qui nous parlent de la sculpture d'aujourd'hui.
Petit résumé en images, avec explications made by fodé et zoé des oeuvres qui nous ont le plus touchées :

Image 1 : Sur cette première sculpture on voit des migrants Burkinabés quitter leur pays pour se rendre en Côte d'Ivoire. Il faut savoir que depuis les indépendances, nombreux sont les burkinabés qui ont participé à la construction de la Côte d'Ivoire, et travaillent aujourd'hui dans les plantations ivoiriennes. Cette sculpture témoigne du mépris qu'on pu avoir certains ivoiriens vis à vis de ce peuple. Ici le paysan burkinbés quitte son pays la tête haute, et couronnée de prestige mais au fur et à mesure de son voyage, sa taille et son prestige diminuent jusqu'à le rendre presque invisivble à force d'être courbés devant ceux qui le méprise. Petite morale : Nous sommes finalement tous l'immigré d'un autre, et devrions apprendre  à devenir  des hommes intègres ...

Image 2 , 3,4 : le travail de Hadji Bachir ( http://www.cygale.com/hadji/fichehadji.html )

Qu'il nous parle de la souffrance de l'âne pour représenter les maux du monde, ou représente un dictateur borgne empêché de crier les désirs les plus profonds de son être car il  ne représente que lui, Bachir Hadji, utilise le granite, le bronze et la couleur rouge dans des formes simples et éculés qui fonctionnent à merveille et saississent les coeurs.

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