Décentraliser pour mieux Démocratiser

30/01/2010 - Pays : Burkina Faso - Imprimer ce message

Entretien avec le professeur Jean-Pierre GUINGANE, directeur du FITMO, Festival International de Marionnettes de Ouagadougou, dont la 12ème édition aura lieu du 4 au 25 février 2010 au Burkina Faso mais aussi, et pour la première fois au Mali et au Niger autour du thème « Dialogue interculturel et intégration en Afrique ».

Souriant, Pr Jean- Pierre GUINGANE accepte de nous recevoir alors qu’il ne l’avait pas prévu et répond sans équivoque à toutes nos questions. Directeur de l’espace culturel Gambidi et du FITMO depuis 1996, il est passionné de culture, et de théâtre. Homme de lettres bardé de diplômes, il se destinait à une carrière universitaire et politique, qu’il a eu d’ailleurs, et qui aurait dû l’empêcher d’entrer dans le monde du spectacle. Car au Burkina Faso, si l’on est fier des griots qui réussissent en jouant des pièces, on trouve dévalorisant que ceux qui n’en sont pas continuent à jouer une fois devenus adultes. Mais malgré la réticence de son entourage, il n’a jamais renoncé au théâtre et le festival qu’il dirige est lui aussi devenu grand. Né en 1989 à Ouagadougou, il fête cette année sa 12eme édition et s’étend du Burkina jusqu’au Niger et au Mali, prouvant par là-même son succès auprès d’un public pourtant difficile à capter. Aussi lorsqu’on l’interroge sur son public et sur ce qu’il fait pour lui plaire, Pr Jean-Pierre GUINGANE a un petit sourire moqueur de l’homme d’expérience, car finalement, pour lui, il n’existe pas de politique vis-à-vis du public à proprement parler. De manière générale, et notamment dans les pays pauvres, deux facteurs majeurs peuvent dissuader les gens d’assister à une représentation de théâtre. Le prix d’entrée tout d’abord et l’image négative qui y est attachée d’autre part. Le prix d’une représentation, et du déplacement pour s’y rendre peuvent en effet être un facteur dissuasif, car si le prix d’un ticket d’entrée s’élève pour le FITMO à seulement 500 FCFA, cette somme modique pour certains, devient un véritable obstacle pour ceux qui ne sont pas sûrs de savoir de quoi demain sera fait. Pourtant, si des préférences tarifaires peuvent être faites pour les étudiants ou les abonnés, la gratuité n’est pas envisageable compte tenu des frais engagés pour chaque représentation. Il faut savoir que les sommes engrangées par la billetterie ne permettent même pas de couvrir les frais d’électricité. Le public cible, serait donc a priori la petite bourgeoisie pour qui l’argent n’est pas un grand problème. Pourtant, ce public, dit idéal, a lui-même de nombreuses raisons pour ne pas venir, et nombreux sont ceux qui veulent être invités gratuitement à une représentation pour pouvoir s’y rendre en tant qu’invité de marque. Même les hommes politiques n’accordent que peu d’importance aux évènements culturels comme le théâtre et les considèrent comme une perte de temps. Finalement, plus que la raison économique, c’est l’importance accordée à l’évènement culturel qui détermine le choix de venir assister ou non à une représentation. Le public des villes est parfois plus difficile à atteindre car comme toute les capitales, Ouagadougou, offre de multiples activités et le théâtre n’est que l’une d’entre elles, alors qu’il reste malgré tout dans les villages un évènement exceptionnel qui attise les curiosités. C’est pourquoi, depuis 2001, le festival s’est décentralisé, amenant ses troupes de théâtre et de marionnettes à jouer dans des villages plus reculés du Burkina Faso pour s’ouvrir à d’autres publics. Cette initiative est couronnée de succès car l’arrivée dans un village de troupes armées de projecteurs, annonce en elle-même le début du spectacle, et attire de nombreux curieux, heureux d’aller à la rencontre d’un nouveau type d’animation. Décentraliser est aussi d’abord et avant tout le gage d’une meilleure démocratisation culturelle. S’ancrant pleinement sur le territoire, le théâtre du Professeur Jean Pierre Guingane tisse des liens avec les gens et propose non pas un monologue mais une conversation. Il reflète un engagement poétique et politique en faveur du dialogue. Ainsi, si la culture appartient encore à un monde de caste, l’artiste est cependant moins méprisé au Burkina Faso qu’ailleurs car la période révolutionnaire de Thomas Sankara a permis de changer les mentalités en faisant de la culture une de ses priorités. Ce défunt président, était en effet aussi un musicien, et a permis de rendre à la culture ses lettres de noblesse en imposant à tous des comités révolutionnaires pour la culture, qui même s’ils ont pu être perçus comme folkloriques et dictatoriaux ont donné un nouveau souffle à la culture burkinabé, en permettant à chacun d’y avoir accès, et en multipliant de nombreuses initiatives culturelles qui font aujourd’hui de Ouagadougou une des principales capitale de la culture en Afrique. Mais si aujourd’hui de tels évènements culturels continuent d’exister et de s’étendre, c’est aussi et surtout grâce à la liberté d’expression qui existe dans ce pays contrairement à d’autres pourtant pas si éloignés. Le pouvoir de dire garantit la dynamique culturelle au Burkina Faso, et présage de manière positive de son évolution.

 Fodé et Zoé

 Nous remercions tout particulièrement M. Hamadou Mandé, directeur adjoint du FITMO pour nous avoir si gentiment aidé dans nos démarches.

Note: 0/5 - 0 vote(s).
Imprimer ce message
Syndication :

Copyright © Tous droits réservés. Theme by Laptop Geek adapté pour Kikooboo.