Karim Fall sauve le patrimoine et ravit les âmes de Saint Louis

24/06/2010 - Pays : Sénégal - Imprimer ce message

Entretien avec Abdou Karim Fall, artiste peintre à saint Louis du Sénégal. Exposition « Saint Louis, cité magique », à partir du 25 juin 2010 à la Galerie Arte, DAKAR

 

 

A l’heure où s’achève brillamment l’édition 2010 de la Biennale de Dakar, et que les rues de la capitale se vident de leurs parures, on se sentirait presque démunis, et en demande d’un peu plus à voir encore. Alors en apprenant que la galerie Arte, met à l’honneur un jeune artiste Saint Louisien remarqué pendant le off de l’institut français de Saint Louis, on se rassure et se délecte à l’idée de savourer encore un peu le parfum de l’art contemporain.

Abdou Karim Fall, puisque c’est de lui qu’il s’agit n’est pas tout à fait un inconnu pour ceux qui s’intéressent à la création plastique. Elève de Baye Mouké Traoré, ce jeune artiste à été entre autres, le représentant de la région de Saint Louis au FESNAC de 2003 (Festival national des Arts et de la Culture) et  primé lors de la première édition du Prix de la Fondation Cuomo Monte Carlo en 2009. Lissier de formation, il s’est fait reconnaitre et apprécié pour sa technique très particulière, dans laquelle il allie tissage et utilisation de matériaux de récupération. Adoptant d’abord des thèmes abstraits, il se concentre sur l’évolution de sa technique et travaille en corps à corps avec sa toile, qu’il construit comme un architecte en intégrant des perspectives d’un nouveau jour, née du relief d’un tissage ou de l’intégration de tuyaux à même la toile. Mais loin d’utiliser le poncif de la récupération,  Abdou Karim Fall tend à faire la fonction première des matériaux utilisés qui deviennent partie intégrante de la toile et de son message. Car chez ce jeune artiste originaire du quartier des pécheurs de Saint Louis, l’art est porteur de messages, et doit se faire comprendre du plus grand nombre. C’est d’ailleurs aussi pour cela que Fall à commencer à réintégrer la figuration, et les personnages dans son travail. « Lorsque je suis trop abstrait les gens ne comprennent  pas mon travail, alors j’ai poursuivi mes recherches et réintroduit peu à peu des personnages ». Pour mieux partager sa vision des choses, et son désir du vivre ensemble il traite ainsi  de thèmes comme la paix entre le Sénégal et la Mauritanie ou encore, comme c’est le cas dans cette exposition, de l’héritage architectural de sa ville Saint Louis. C’est en effet pour rendre hommage à sa ville natale, qui célèbre ses 350 ans cette année, qu’ Abdou  Karim Fall a décidé de travailler à une trentaine d’œuvres réalisées dans un dégradé de l’ocre au blanc et axées sur les bâtiments de la ville. Reprenant les principaux monuments de la vieille Ndar, ou les détails marquants d’un pont ou d’une fenêtre, il dresse le panorama non exhaustif d’un trésor architectural laissé à l’abandon et qu’il aura mis plus de quatre années à reproduire. Pour lui cet hommage à Saint Louis, qu’il intitule Sauvons le patrimoine, est un véritable manifeste de lutte contre l’effritement du patrimoine de  cette cité qui s’étiole aujourd’hui comme peau de chagrin. Pour Fall, ce passé colonial fait partie de l’histoire de Saint Louis et mérite lui aussi une renaissance. C’est pourquoi en exposant au Musée du CRDS de Saint Louis d’abord (du 6 au 20 Avril 2010) puis à la Galerie Arte à Dakar (à partir du 25 juin 2010) ensuite il entend sensibiliser  la population  et montrer la beauté de sa région pour parler de son histoire aux riverains et aux nationaux et pourquoi pas à l’international si l’occasion lui est donné de faire une exposition itinérante dans le reste du monde. La première exposition de Saint Louis a porté ses fruits car malgré l’indifférence des autorités, Abdou Karim  Fall, soutenu  par la presse régionale, le CRDS et le syndicat d’initiative de Saint Louis, a su utiliser son propre réseau  et sa force de persuasion pour faire appel aux saint Louisens qui  sont venus en nombres apprécier et applaudir ce travail de maitre. Gageons que l’exposition de la capitale, ré intitulée pour l’occasion « Saint Louis, cité magique », connaitra le même succès. Car ce jeune artiste nous donne aujourd’hui une leçon d’esthétique et de savoir vivre, en nous rappelant que nos vieilles pierres portent en elles la mémoire de notre humanité.

Fodé et Zoé .

 

 

 

 

 

 

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