L’art africain : un art contemporain dans sa tradition

11/03/2010 - Pays : Burkina Faso - Imprimer ce message

Entretien réalisé avec M. Dansa Jean Marie BITCHIBALI,
Secrétaire Permanent de la Semaine Nationale de la Culture de Bobo Dioulasso -BURKINA FASO

Homme de culture avant d’être un homme d’institution, M. BITCHIBALI n’est pas de ceux qui se perdent dans des descriptions. Parler pour dire ce qu’il a fait, et décrire ses succès ne l’intéresse pas. Et lorsqu’on l’interroge sur le public de la Semaine Nationale de la Culture, évènement artistique majeur de Bobo Dioulasso qui attire à chaque édition près de 600 000 personnes, il ne s’appesantit pas sur le rôle de ce festival qu’il dirige,  ni ne parle de sa fonction de délégué régional de la culture. Il préfère détourner nos questions pour mieux ramener notre  problématique sur le terrain de la définition car finalement quels sens donnons nous au terme « d’art contemporain », qu’en est il ici par rapport à ailleurs ? Les mêmes définitions provoquent-elles les mêmes effets ?

En effet,  la question culturelle est toujours liée à celle de l’identité, des identités, d’un pays et les définitions divergent en fonction du lieu d’où l’on parle, et c’est aussi pour permettre au Burkina Faso de se munir de ses propres concepts culturels qu’existe la Semaine Nationale de la Culture de Bobo Dioulasso. Crée en 1983, pour valoriser une culture locale que le système colonial avait souhaité annihiler au profit de sa propre conception du monde, ce festival a ceci de particulier qu’il s’articule autour de la culture des masques,  phénomène culte au Burkina Faso. En effet, ayant lieu pendant 8 jours, tous les deux ans au moment de ce qu’on appelle ici la sortie des masques, c'est-à-dire au moment où chaque village fête ses masques et les montre ( vers fin février),  la Semaine Nationale de la Culture, s’ancre dans la tradition la plus populaire du pays et permet que soient montrés en un même endroit et devant plusieurs communautés réunies entre 500 et 600 masques venus de tout le pays, sachant que le Burkina Faso est composé d’une soixantaine de communautés aux rites et rituels différents. L’idée était donc de créer un moment pour qu’elles apprennent à se connaitre  et à mieux s’appréhender les unes et les autres.  

Et alors qu’on pourrait penser que l’art des masques est un art traditionnel, éloigné de l’art contemporain,  et s’enquérir comme nous de savoir si ce festival ne risque pas de verser dans le folklore, M. BITCHIBALI  nous explique à quel point tout art considéré comme traditionnel est contemporain dans la mesure où il n’est jamais figé et évolue au fil du temps. Ainsi,  chaque sortie de masques permet de montrer à la communauté le degré de créativité de ses fils. La sacralité du masque est alors à chercher ailleurs car avant toute chose, il est le ciment de la communauté et permet de montrer son évolution. Dès lors, il apparait que cet art a une dynamique évolutive que ceux qui voudraient le classifier viennent figer et tuer petit à petit alors même qu’il crée un espace de liberté et de création. La Semaine Nationale cherche à maintenir cette dynamique de la création afin de permettre aux Burkinabés de mieux comprendre leur culture.  Par ailleurs,  et pour représenter toutes les évolutions de la société, la SNC présente aussi des spectacles crées par la jeunesse urbaine et accès sur des thématiques propres à leur environnement comme la situation des enfants des rues par exemple. Présentant plus de 592 spectacles dans ses plateaux -off, la SNC laisse une place à toutes les pratiques artistiques, y compris l’art culinaire. Mais surtout, ce festival permet de célébrer l’excellence par le biais de sélections d’½uvres plastiques et de spectacles organisées dans tout le pays. Une remise de prix récompense les artistes les plus méritants  et les lauréats des catégories arts plastiques sont exposés au Musée Provincial du Houet afin que cette discipline peu connue dans le pays y soit plus largement représentée.  Ainsi, reflétant le spectre de la création contemporaine au sens africain du terme, la SNC est aujourd’hui un évènement structurant pour la culture au Burkina Faso car elle permet de renforcer la cohésion nationale tout en affichant haut les couleurs de sa diversité.

Ainsi, alors que le Burkina Faso s’apprête à fêter les 50 ans  de son indépendance, il est toujours d’actualité de dire que la meilleure façon de se désaliéner c’est de bien comprendre (au sens aussi étymologique du terme, « prendre avec ») sa culture.  Si l’on part du principe que la culture est l’ensemble des éléments constitutifs d’un peuple et de son identité, il parait en effet important de donner à ce peuple les moyens de se réapproprier sa propre culture. Intimement liée à la construction de la Nation, la valorisation de la diversité culturelle permet de faire prendre conscience que l’autre existe dans une autre façon de voir le monde que soi. En ceci, la Semaine Nationale de la Culture a aussi une vocation pédagogique. En remettant la culture au c½ur du développement,  ce festival ambitionne de penser l’Afrique à partir d’elle-même et non des autres, initiative qui était  un des point de départ pensé par les dirigeants du continent au moment des indépendances et dont on se demande s’ils ne feraient pas bien de s’en emparer de nouveau, afin de proposer une Union Africaine fondée avant tout sur le savoir être et le savoir faire de ses populations.

Fodé et Zoé

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