L’art entre mérite et mépris

03/03/2010 - Pays : Burkina Faso - Imprimer ce message

Entretien réalisé avec M. Kader Dermé, sculpteur bronzier,  Chevalier de l’Ordre du mérite des Arts, des Lettres, et de la Communication. Bobo Dioulasso - BURKINA FASO

Notre visite au Musée provincial du Houet à Bobo Dioulasso nous a permis non seulement de voir des œuvres contemporaines  mais en plus de nous rendre compte que le Musée lui-même possède ses propres artistes. Résidants du jardin, ils sont quelques uns à travailler ici de leur passion comme le sculpteur bronzier Kader Dermé. Installé dans l’arrière cour du Musée depuis 1990, Kader travaille  tous les jours selon son rythme et en fonction de son inspiration. Née en 1951, Kader Dermé est issu d’une famille de bronzier. Et c’est parce qu’il  est lui-même tombé dans le bronze lorsqu’il était tout petit qu’il a toujours allié pratique artistique et enseignement des plus jeunes.  Professeur au Ghana puis en France, l’homme a beaucoup voyagé avant de poser à nouveau ses marques à Bobo Dioulasso, et c’est d’expérience qu’il parle lorsqu’il déclare que les artistes africains sont méprisés sur leur propre continent. Lui, qui a pourtant était décoré Chevalier de l’Ordre du Mérite par le Ministère de la Culture de son pays témoigne qu’aujourd’hui encore pour pouvoir participer à une commande de l’Etat, il doit reverser plusieurs commissions à différents intermédiaires, avant de toucher son dû. Car ici,  la communication entre les artistes et leurs commanditaires n’est pas directe. L’artiste parle d’une perversion du système, dont il incarne lui-même l’exemple parfait. Il fait partie des premiers artistes à avoir exposé  au Centre culturel Français de Ouagadougou, il a été le premier à être invité à travailler au Musée de Bobo,  et est aujourd’hui un artiste reconnu dans sa discipline. Et, pourtant il a du mal à vivre de son art. Il ressent aujourd’hui un profond découragement, vis-à-vis des artistes eux-mêmes qui au lieu de s’unir pour exiger une reconnaissance comme celle attribuées aux artistes européens préfèrent se tirer dans les pattes pour obtenir un profit immédiat. Pour lui, l’entente et la solidarité des artistes entre eux est primordiale, car formés dans les mêmes moules ils devraient se battre tous ensemble pour obtenir de meilleures conditions de travail, et lutter contre les différents intermédiaires qu’il s’agisse des revendeurs ou bien de ceux qui prennent leur commissions sur les différentes commandes. Pour lui, le public n’est pas un problème puisque son travail est apprécié et qu’on lui témoigne une certaine reconnaissance. La question du public est donc secondaire, car elle dépend simplement du regard que porte la société sur ses artistes. Si ces derniers étaient mieux considérés et que leurs situations se voyait clarifiées, alors le public serait plus nombreux.

Ainsi posée l’équation parait simple, pourtant personne n’est encore parvenu à la résoudre...

 Fodé et Zoé

 

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Par Marine
le 09/03/2010 à 10:37:57
Et voilà que j'ai accès a votre blog avec 1 mois et demi de retard ! Merci Zoé d'avoir pensé aux non-facebookeur comme moi :o)
Il a fallu que je finisse par avoir Viki au téléphone hier pour qu'elle me file l'adresse . M'enfin, tu me diras j'aurais pu te la demander par mail plus tôt =)
En tout cas je vois que vous n'arrêtez pas, et que votre projet avance bien au fil des rencontres , entretiens et interview ...
Ici rien de nouveau même si Biboubis ne devrait plus tarder à se montrer !!
Bisous

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