L’art, un chemin difficile.

13/02/2010 - Pays : Burkina Faso - Imprimer ce message

Entretien réalisé avec Hamadoo kouraogo, artiste bronzier modeleur,  fondeur, basé au CNAA, Centre National de l’Artisanat d’Art.

Lorsqu’on entre au centre national de l’artisanat d’art, c’est un peu comme si l’on arrivait dans un gigantesque atelier d’artiste à ciel ouvert. Une variété d’hommes travaillent sur différents supports et s’exercent en groupe à maîtriser chacun leur instrument de communication, qu’il s’agisse de teinture, de bois ou de bronze. Et alors que nous arpentons les différentes rangées d’ateliers qui s’offrent à nous, nous sommes attirés par des sculpteurs qui s’apprêtent à faire fondre du bronze. L’un d’entre eux, Youssouf nous remarque et nous propose de mieux découvrir et de mieux comprendre ce qu’ils font. Un peu timides tout d’abord, nous le suivons et écoutons ses explications avant de lui expliquer la raison de notre venue. Tout naturellement et avec le sourire de l’initié, il nous présente au Maitre des lieux, le sculpteur bronzier Hamado Kouraogo.

Pour celui qui s’intéresse à la sculpture africaine, ce nom est loin d’être inconnu car l’homme fait partie des grands sculpteurs burkinabés. Il est l’inventeur d’un mode de sculpter particulier crée à partir de la technique traditionnelle de la cire perdue et, dans lequel la cire est remplacée par des écorces de palmiers. Ces dernières entourées d’argile sont ensuite dissoutes dans le bronze pour donner des sculptures particulières à mi chemin entre l’art et la nature.

Assis sur un canapé rouge, qui nous apparait comme un trône, l’homme nous invite à le rejoindre et se prête avec sagesse et humilité à toutes nos questions. Pour lui, qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école, l’échange et la discussion sont primordiaux et il se rit des artistes qui à force de succès s’enferment dans leur solitude et refusent de laisser entrer quiconque dans leur univers.  A ses débuts, Kouraogo a choisit l’art pour trouver sa voie, et pour donner quelque chose à faire à son esprit. Il voulait aussi montrer qu’on peut dire des choses et apprendre le monde sans passer par les bancs de l’école. L’art comme l’élevage ou l’enseignement sont chacune des voies pour mieux se découvrir et découvrir le monde mais aucune ne prévaut sur les autres. L’apprentissage peut se faire dans de nombreux endroits, l’essentiel étant d’être convaincu de ce que l’on fait et d’essayer de participer à l’évolution de la branche pour laquelle on travaille. En ce qui concerne la sculpture en effet, l’histoire de cet art montre qu’il peut évoluer et grandir grâce à l’ingéniosité et à l’innovation de ceux qui le pratique. Ainsi, les premiers sculpteurs n’étaient capables de faire que des petits personnages, puis la technique se perfectionnant on est parvenu à fabriquer des personnage en entier à partir d’un même moule. Aujourd’hui pour Kouraogo l’innovation est à chercher du côté du renouvellement des matériaux utilisés, et c’est pourquoi il travaille à partir d’écorces de palmier. Lui qui a commencé la sculpture en travaillant sur les finitions des autres, envisage aujourd’hui son travail globalement et place la recherche d’originalité et l’innovation au dessus de tout. Car cette recherche constante de nouveauté qu’il exige aussi de ses apprentis, est une manière de remercier et d’attirer le public, car on ne peut pas donner  à  voir quelque chose que d’autres ont déjà montré ni se satisfaire de la qualité de sa propre copie. Ainsi, le chemin de l’art est difficile et n’est pas donné d’emblée, il nécessite de la recherche, de la technique et surtout  de la volonté, d’autant que la situation des artistes est aujourd’hui encore difficile au Burkina Faso. Souvent ceux qui veulent entrer dans le monde de l’art sont perçus comme des voyous, et des bons à rien, et doivent prouver leur talent et leur bonne volonté pour être enfin reconnus aux yeux des autres et bien souvent de leur propre famille. Même si la situation s’améliore aujourd’hui dans ce pays grâce à des structures comme le CNAA qui permettent aux artistes d’être répertoriés comme des travailleurs, de payer leurs impôts et d’être finalement considérés comme une partie intégrante de la société, la route est encore longue et les artistes doivent continuer à se battre pour la reconnaissance de leur art avec courage et passion. Mais surtout, ils doivent continuer à travailler ensemble et à se transmettre leur savoir faire les uns aux autres. La formation collective, loin de nuire à la créativité de chacun permet de créer une continuité  des savoirs faire, qui s’accumulant les uns aux autres permettent qu’on les dépasse et qu’avance collectivement l’histoire de l’art. Alors même qu’une technique non transmise disparaitrait avec son inventeur, un savoir faire partagé permet qu’on l’assimile et qu’on le dépasse en créant autre chose à partir de celui-ci. Aujourd’hui on ne sait pas qui a inventé la technique de la cire perdue, et il est probable que les sculpteurs de demain ignorent le nom de Kouraogo, mais ils connaitront et maitriseront tous sa technique, et dans leurs ½uvres, c’est tous les sculpteurs d’antan qui survivront un peu, chacun ayant laissé une trace dans l’histoire grâce à sa manière de faire, de sa manière de voir.

Ainsi, si l’homme parle peu, ce qu’il dit est essentiel. Avec ses mots et ses actes il propose une définition de l’art  comme une passion collective marquée par la sagesse, la persévérance et le respect du travail fait et à venir. Loin des paillettes d’une reconnaissance personnelle, Kouraogo milite pour l’apprentissage en équipe, et l’innovation plurielle. La sagesse qu’il incarne émane de ses personnages au corps longilignes, et aux couleurs verts d’eau qui semblent vous observer calmement et vous adjoindre à plus de raison. Et alors qu’il achève notre conversation,  on dirait qu’il ressemble à ses sculptures. Sage, digne et plein d’humanité.

Fodé et Zoé

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Par Papoudi
le 13/02/2010 à 22:32:02
Fichtre, je prendrai bien vol tout de suite pour rencontrer Hamado. Plaisir d'entendre , et de visualiser quelqu'un de bien grâce à la lecture de votre texte. A force de rencontrer des "hommes et femmes remarquables" vous allez rentrer avec un gain de 10 ans de sagesse, de joie de la vie, de bonheur irradiant. Chouette pour nous. Comme je le disais précédemment tous les mous du c½ur et du cul que vous connaissez vont commencer à se dire que ce voyage c'est pas mal du tout. Rassurez-vous, très vite ils diront : " oui mais sans clim, vivre à l'africaine, etc". Alors vous, profitez en pour grandir afin qu'à votre retour vous aidiez à faire grandir ceux qui le désirent.Merci, bises, sourires et énergies. Gd le papoudi
Par Clo
le 15/02/2010 à 14:56:58
Oui mais sans la clim et l'adsl, vivre à l'africaine... ;-P

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