La case des sculpteurs

26/01/2010 - Pays : Burkina Faso - Imprimer ce message

Entretien réalisé avec Messieurs Djiba Kouyate, Amdja Sanou et Ahmed Kouyate, sculpteurs membres de La case des sculpteurs,  dirigée par M. Nouar Konaté et située dans le quartier de somgande, secteur 25 à Ouagadougou.

              On dit souvent qu’il n’y a pas de hasard, et parfois vos pas vous mènent exactement là où il vous faut passer. Aux abords d’une route, alors que nous rentrions tranquillement d’une promenade sans but, surgirent devant nous, dépassant des herbes hautes, un buste de bois clair, un pompier de fer gisant et tout un ensemble d’êtres inanimés qui formaient à eux seuls une communauté particulière, pleine de finesse et de grâce. Auprès d’eux, tranquillement assis et affairés à leurs tâches, un groupe d’artistes, avenants et travailleurs. Sans le savoir nous venions de découvrir la case des sculpteurs, l’un des plus grands collectif de sculptures artisanales de Ouagadougou.

« Apprendre l’art avec le c½ur » 

Depuis maintenant près de quinze ans, La case des sculpteurs, regroupe autour du guinéen Nouar Konaté, 22 sculpteurs issus de nationalités différentes, venus pour apprendre à sculpter le bois (ébène, tek du sahel etc). Atelier traditionnel, ici on apprend sur le terrain en regardant les autres faire et en faisant soi même. Il n’y a pas d’autre école que celle de la pratique et tout le monde est susceptible de pouvoir devenir sculpteur à condition d’aimer les objets d’art et d’être intimement convaincu de leur importance. La case des sculpteurs propose même des ateliers de formation aux plus jeunes pendant les vacances scolaires afin de leur apprendre les rudiments du métier. La pratique vient ensuite avec le travail, et souvent elle s’avère plus efficace que la théorie, n’en témoigne une anecdote sur une des principales sculptures de la ville, appelée la porteuse de Jarres. Pour la réaliser on fit appel à un célèbre sculpteur ayant passé tous ces diplôme et ramené d’Europe un savoir théorique inestimable qui lui permis d’ailleurs d’arriver pratiquement jusqu’à la fin de son ½uvre. Cependant, restait à faire le visage, et il n’avait pas appris à les faire africains…. Il dû se résoudre à demander à la case des sculpteurs de l’aider à terminer son travail. Mais, devenir sculpteur au Burkina Faso n’est pas aisé, et souvent on les décrit comme des hommes à la tête baissée qui travaillent sans pouvoir garder le fruit de ce qu’ils ont fait. Mais qu’importe, car pour eux l’art est avant tout une histoire d’amour, d’honneur et de fierté. Leur but est de faire évoluer la sculpture, se faire connaitre et servir leurs pays.  Mais c’est aussi de prendre du plaisir dans leur travail et de parvenir chaque fois à rendre possible une forme imaginée : L’improvisation prend le dessus sur la forme du bois et une image se produit, comme une apparition et elle vous guide jusqu’à ce que l’objet imaginé devienne une réalité. L’art s’apprend donc d’abord avec le c½ur.

Un public dissout dans les dangers de la piraterie

Pourtant, rares sont les gens qui aiment la sculpture à cause notamment des interdits religieux et du manque de moyens des ouagalais qui même s’ils s’intéressent aux arts n’ont pas la possibilité de se procurer des ½uvres. Les ½uvres sont donc achetées par les touristes européens, ou par les cadres et hauts fonctionnaires burkinabés qui souhaitent faire un cadeau à leurs amis venus du Nord. Il s’avère en effet que les étrangers comprennent mieux le travail des sculpteurs et savent apprécier l’amour du travail fait. Au contraire, ce sentiment est plus diffus chez les africains qui ne voient pas l’importance et le temps passé sur chaque pièce et ne voient pas l’intérêt d’en connaitre l’auteur. Ainsi, il est arrivé à un Ministre de la culture de commander son portrait aux sculpteurs sans jamais chercher à les rencontrer ni à savoir lequel d’entre eux l’avait réalisé. Cette indifférence face à la signature, et à l’auteur d’une ½uvre, laisse malheureusement toute leur place à des revendeurs qui achètent des objets d’art à la source et les revendent considérablement plus cher dans des lieux privilégiés comme des salons de l’artisanat par exemple, d’autant plus qu’il faut aux sculpteurs payer leurs places pour exposer dans ce genre d’endroits pourtant propice à la rencontre avec des amateurs d’art.

Ainsi, la plupart des sculpteurs restent, à ce jour,  enclavés, car il leur est difficile de trouver le temps d’aller à la rencontre de leurs acheteurs. Eloignés de leur public par des revendeurs sans scrupules, ils voient leur travail dévalués par cette piraterie quotidienne qui persiste malgré l’apparition de nouvelles plateformes destinés à l’artisanat d’art au Burkina Faso. S’ils sont inscrit à l’association burkinabaise des auteurs qui garantie leur droits, et si l’un d’entre eux à reçu le 2eme prix de sculpture du Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou en 2008, les sculpteurs de la case se sentent aujourd’hui bien seuls pour continuer à lutter, et auraient besoin d’une interface qui les aideraient à mieux se faire connaitre et reconnaitre tout en leur laissant le temps de continuer à  travailler leur art. Ouagadougou n’a plus besoin de montrer qu’elle possède de grands artistes, elle doit aujourd’hui les protéger et les aider à mieux se projeter dans l’avenir.

 

 

 

Fodé et  Zoé

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Par alex
le 26/01/2010 à 15:30:50
pffff faut lire tout ça ? :o
Par Clo
le 27/01/2010 à 12:03:44
C'est malin !!
Continuez les jeunes, c'est passionnant !

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