La difficile compréhension de l’image BURKINA FASO- BOBO DIOULASSO

19/03/2010 - Pays : Ghana - Imprimer ce message

 Entretien réalisé avec M. Ladji- Bâkoné  MILLOGO  et M. Sidiki COULIBALY dit Santos,  membres fondateurs de l’association des photographes professionnels de Bobo Dioulasso ( APPB) et du Syndicat Provincial des Photographes Reporters et Assimilé du Houet, le (SYPROVINPRA/H)

BURKINA FASO- BOBO DIOULASSO

Au pays  des hommes intègres, la place de l’image photographique est assez limitée. Si l’image est partout, à la télévision, sur les panneaux publicitaires et au cinéma bien sur, la photographie elle, n’est que très peu visible. Pourtant, les photographes existent mais on leur demande surtout de tirer des portraits officiels, et de capturer le souvenir de différentes cérémonies comme les mariages, baptêmes, décès etc.  Le photographe, ici, est celui qui se dissimule dans la foule pour retenir l’émotion collective mais personne ne s’intéresse à son regard et à ce qu’il pourrait avoir envie de dire à travers ses images.

M. Ladji- Bâkoné  MILLOGO et M. Sidiki COULIBALY  font partie de ses photographes professionnels pour qui il est difficile de se tourner vers la photographie d’art. Membres Fondateurs du premier syndicat de photographes professionnels de Bobo Dioulasso, tous deux sont  devenus photographes par amour du métier, laissant de côté des carrières administratives beaucoup plus stables et mieux reconnues dans la société. ¨Pourtant s’ils couvrent tous les évènements de la vie bobolaise, leur situation est difficile, et les obligent à se battre pour que soit reconnu le travail de photographe.

En effet, parce qu’elle est un art d’autodidactes (aucune école) et donne lieu  à un métier précaire,  la photographie n’est pas respectée au Burkina Faso et les gens pensent trop souvent que seuls les bons à rien se tournent vers ce métier.  Les photographes ont, quant à eux, du mal à s’affranchir de l’esprit de commande dans la mesure où tout projet personnel est nécessairement coûteux, car personne ne souhaitent le  financer d’autant que les lieux d’exposition sont rares. Souvent, les images les plus travaillées sont celles qui ne seront jamais tirées car personne ne souhaite les acheter. La photographie est ici celle d’une personne qu’on connait, ou d’un évènement auquel on a participé. Elle est seulement souvenir et archive personnelle.

Plus généralement, il semble que la culture de l’image photographique ne soit pas dans la mentalité burkinabé, et même lors d’un évènement important le photographe est souvent la dernière personne à laquelle on pense.   De plus,  on n’estime pas nécessaire dans ce pays d’apprendre à lire les images quand on sait qu’une grande part de la population ne sait pas lire  les mots. L’image est toujours anecdotique et doit être compréhensible immédiatement et par tous, sans chercher à dire autre chose que ce qu’elle montre.

Face à ce constat, les photographes de Bobo Dioulasso cherchent aujourd’hui à se regrouper et à se coordonner afin de promouvoir leurs droits et de donner une meilleure image de la photographie qu’elle soit ou non considérée comme un art. Pour eux la revalorisation de la photographie passe par la sensibilisation à la lecture des images d’une part et l’harmonisation du statut de photographe d’autre part, ambitions qui sont désormais celles du Syndicat des Photographes de Bobo Dioulasso crée il ya tout juste un an.  L’idée première est d’abord de sensibiliser les populations à l’importance qu’ont prit les images, et les photographies dans la société. Pour M. Ladji- Bâkoné  MILLOGO et M. Sidiki COULIBALY  la photographie pourrait aussi être au service du développement  en montrant aux populations les dérives, et les incongruités de leur propre société.  Elle  est un outil  inestimable pour permettre le retour sur soi, et la prise de conscience. Pourquoi ne pas intégrer l’apprentissage de la lecture de l’image au projet d’alphabétisation du Burkina Faso, car l’image permet souvent de mieux comprendre ce qui nous entoure ?

Ainsi, être photographe à Bobo  Dioulasso, c’est d’abord se battre pour une reconnaissance de l’image parfois auprès des photographes eux-mêmes.  Mais qu’ils nous parlent d’art, ou bien qu’ils cherchent simplement à immortaliser l’instant, les photographes sont aujourd’hui porteurs de messages que leurs concitoyens doivent apprendre à interpréter pour mieux parvenir à lire  et à voir le monde dans lequel ils sont.

 

Fode et Zoe

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