Le Centre Lukare : grenier de savoir faire et d'innovation

04/02/2010 - Pays : Burkina Faso - Imprimer ce message

Entretien réalisé avec Monsieur INOUSSA Dao, artiste Designer, membre fondateur du Centre Lukaré situé au 275,rue Bassi, secteur 09 Gounghin, 04 BP 372 Ouagadougou 04 au Burkina Faso.

 

Le courage et la détermination sont aujourd’hui les seuls moyens de lutte pour permettre aux artistes africains de s’en sortir. Afin de ne pas se satisfaire d’un statut d’artisan en marge, et de trouver une autre porte de sortie, nombreux sont ceux qui très tôt cherchent à atteindre leur objectif : être indépendant. Inoussa Dao, artiste designer est de ceux là : Apprenant au coté de son frère à partir de 1999, Dao apprend à concevoir et fabriquer tous types d’objets, acquérant sans le savoir les galons d’un véritable designer. Mais alors qu’il a du mal à s’affranchir du patronage de son frère, qui pourtant l’incite à aller de l’avant, il obtient en 2006, le premier prix du SIAO, Salon International d’Artisanat de Ouagadougou, évènement culturel de renommée internationale. A partir de cette première reconnaissance, il décide, accompagné de trois autres artistes spécialisés dans le design, la peinture et la sculpture, de créer une structure collective tournée sur le design, la décoration intérieure et l’art contemporain. Cette structure prend le nom de « Centre Lukaré » qui signifie en peul « le grenier ». Réservoir de talents et de savoir faire, le « grenier »  est un lieu de création artistique, d’exposition et de vente.  En effet, Les artistes qui y travaillent  conçoivent et fabriquent leurs œuvres sur place avant de les exposer dans une galerie attenante au Centre. Mais surtout et avant tout le Centre Lukare est un lieu de formation dans lequel les jeunes qui s’y engagent apprennent à devenir non seulement de bons techniciens mais aussi des artistes capables de faire preuve d’originalité et de créativité.

« Appendre pour vous et par vous »                            

Installé dans le quartier populaire de Gounghin, on pourrait dire du Centre Lukaré qu’il est un centre d’insertion sociale en faveur des jeunes en mal d’avenir puisque on y propose une formation aux métiers manuels pour tous ceux qui le souhaitent sans sélection préalable ni exigence d’un quelconque diplôme. La seule qualité requise est la volonté d’apprendre et de réussir au sein du groupe.  Mais contrairement aux ateliers de type traditionnel dans lesquels les jeunes sont formés par le biais de la copie, les apprentis du Centre  apprennent  d’abord la soudure, élément de  base du métier,  et une fois l’expérience  acquise, au bout d’un an environ, on leur demande de se faire force de proposition et de créer eux-mêmes leurs propres œuvres dans la branche de leurs choix, design, peinture ou sculpture.  Pour ce faire, et apprendre à théoriser leur travail, et à passer du monde manuel à la sphère intellectuelle, chacun doit s’initier aux techniques du dessin afin d’apprendre à représenter ce qu’il souhaite réaliser.  Le formateur, loin d’imposer ses propres vues, oriente, corrige, et rend possible les différents modèles imaginés, en demandant à tous de conserver précieusement leurs différents dessins  afin de pouvoir juger de leur évolution au cours du temps. Les éléments théoriques, généralement enseignés dans des écoles d’art de niveau universitaire, sont ici assimilés empiriquement et adaptés au rythme et aux contraintes de chacun ; l’effervescence et l’énergie du groupe participant à pallier les lacunes qui pourraient subsister.

C’est donc dire que le Centre Lukare se substitue à l’école d’art, toujours inexistante au Burkina Faso, et permet à des jeunes qui  se sont désintéressés de l’école, de devenir de véritables designers, dont le métier est qui plus est assuré après leur formation puisque chacun contribue à augmenter la production du Centre, et initie également d’autres jeunes à cette formation. Les élèves deviennent professeur à leur tour et transmettent leur savoir faire,  mais surtout l’envie d’innover aux nouveaux arrivants. Ainsi seulement quatre ans après son ouverture, le Centre Lukare a aujourd’hui 52 personnes à son actif, et ne compte pas s’arrêter là. La formation hors du circuit scolaire, rend presque caduque ce dernier, car elle prouve que chacun peut parvenir à ses fins, indépendamment de ses connaissances d’origine. La philosophie communautaire et globale du Centre Lukare permet de donner une chance à tous et garantie une production toujours renouvelée. Cette innovation constante contribue à la qualité et à l’originalité des œuvres réalisées et attire aujourd’hui de nombreux acheteurs internationaux.  

En effet,  le public privilégié du Centre se trouve majoritairement en Europe, où de nombreuses chaînes de commerce équitable sont attirées par le travail de ces burkinabés atypiques qui proposent des œuvres de qualité, et répondent sans aucune difficulté aux différentes commandes passées, sans délais, ni coûts supplémentaires. Car pour le Centre le professionnalisme est une donnée  essentielle de la réussite, et ces administrateurs ont pour mission de répondre rapidement à toutes les commandes. Cependant, si la plupart des clients arrivent par le biais d’internet et sont très loin des réalités burkinabaises, les membres du Centre Lukare ne négligent pas pour autant leurs concitoyens et mettent un point d’honneur à travailler et à vivre au Burkina Faso. Et même si ceux qui peuvent passer les voir, ne sont pas ceux qui achèteront leurs œuvres malgré un tarif local revu à la baisse, ce sont leurs encouragements et leurs félicitations qui aident et animent les fondateurs du Centre. Par ailleurs, ils ont à cœur de développer la reconnaissance de l’art contemporain dans leur pays, et recourent pour cela à une des plus vieilles méthodes du monde, mais qui fait ses preuve : le bouche à oreille. Invitant leurs ami(e)s, connaissances, ou parents à venir voir leurs propres  réalisations ou celles d’autres artistes exposés en ville, ils cherchent à abolir les frontières symboliques qui séparent le milieu de l’art du reste de la population, et  amènent leurs proches à se rendre dans des lieux qu’ils pourraient croire réservé à une élite comme le Centre Culturel Français par exemple. Aujourd’hui Inoussa Dao est fier de dire que les Burkinabés ne sont plus aussi rétifs à l’art qu’auparavant et commencent à accorder une place aux artistes dans leur société même s’ils pensent encore que l’on devient artiste une fois que toutes les autres possibilités d’avenir ont été avortées, et qu’il ne reste alors plus rien d’autre à faire pour envisager de s’en sortir. Mais les mentalités sont amenées à changer, et les initiatives comme celles de Lukare participent à donner une meilleure image des artistes dans ce pays. 

Aussi, le Centre Lukaré  représente à la fois, un lieu de création énergique au service de la création contemporaine, un centre de formation efficace et ouvert à tous, et un collectif pluriel unis par une philosophie commune à cheval entre tradition et modernité. Et c’est peut être cet équilibre entre la tradition, la modernité, l’art et l’artisanat, le national et l’international qui donne toute sa particularité au Centre Lukare. Et à les voir, on a vraiment le sentiment que ceux là on tout compris. On les regarde faire, en se disant qu’il serait bien de voir ce type d’initiatives développées ailleurs en Afrique de l’ouest, pour que s’écrivent enfin la véritable histoire, d’un art et d’un design made in Africa.

Fodé et Zoé

 

 

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Par Papoudi
le 04/02/2010 à 16:56:30
bon article, bon ton, avec toujours ce zeste d'humain que vous savez intégrer dans vos commentaires. Cependant, pour que la globalité du sujet soit couvert, il manque des infos sur le fonctionnement du Centre Lakaré.Y a t'il des femmes parmi les élèves ? Si non, pourquoi ? Comment vivent ces élèves, des seules ventes des objets qu'ils ont créés ? Ils payent leur scolarité au centre ou non ?
Quelle est leur adresse Internet, que l'on y envois nos contacts professionnels et personnels intéressés pour acheter des œuvres.
Par Designer
le 05/02/2010 à 19:19:56
Bonjour, merci pour cette attention sur le fonctionnement du centre lukaré.
Jusqu'a présent le centre lukaré fonctionne sans subvention ni d'aide de qui que ce soit, mais avance avec les moyens de vente de ces dirigeants, et des pourcentages prélévées sur la vente des Oeuvres au sein de sa boutique.

La scolarité et les soins des apprenants sont prit en charge par le centre. et ils sont rémunérés à chaque fois qu'ils contribuent à la fabrication d'une oeuvre avec un designer ou un sculpteur.

Pour l'instant le centre n'a qu'une seul fille qui est spécialisée dans la sculpture et la pyrogravure sur calebasse, mais le centre lukaré acceuille des stageaires ( hommes, femmes) venant partout dans le monde pour des séances de quelques jours.
Le contact est: 00226 70 22 17 99 ou au 50 46 48 59 ou par mail centre_lukare@yahoo.fr

Merci beaucoup à vous

Inoussa dao

Directeur Artistique
Par don myguel
le 11/02/2010 à 13:40:37
salut la millefa quoi 2 neuf a bobo? desole je prends le voyage avec 1 peu de retard mais vs comprenrez.cool l art d INOUSSA,je suis enjaille
Par budget
le 22/01/2015 à 18:12:52
Geweldig zeg hè het is leuk om zo dingen te zien afrika heeft zo mensen net als je nodig.
veel succes
Par budget
le 23/01/2015 à 16:41:18
Geweldig zeg hè het is leuk om zo dingen te zien afrika heeft zo mensen net als je nodig.
veel succes

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