Le Musée National de Ouagadougou, entre construction et déconstruction …..

02/02/2010 - Pays : Burkina Faso - Imprimer ce message

Entretiens réalisés avec Mme Aminata SAWADOGO, Directrice du Musée National du Burkina Faso et M.  Ali LOUGUET, Directeur des Expositions et Animations.

Immense complexe de plusieurs bâtiments de style soudanais, le Musée National du Burkina Faso  à Ouagadougou a été pensé comme un lieu pluriel porteur de  l’âme de la culture burkinabée. Avec  ses 29 hectares, il fait partie des plus grands Musées de l’Afrique. Actuellement composé de deux salles d’expositions, il est cependant toujours en travaux depuis  1999. Le restaurant initialement prévu a l’entrée du Musée n’a toujours pas vu le jour et l’amphithéâtre crée pour accueillir des spectacles et différentes cérémonies est aujourd’hui encore en construction, rendant l’exploitation du site très difficile. En 2009, le Conseil des Ministres a acté la  fin des travaux et l’accélération des procédures mais pour le moment la situation n’a pas évoluée. En effet, la crise économique mondiale, et les conséquences très présentes au Burkina Faso de la crise ivoirienne, ont amené le gouvernement burkinabé à réduire considérablement le budget alloué au Musée National qui est passé d’une subvention ordinaire de  65 millions de francs CFA, à  une « contribution » de 4 millions de FCFA en 2009, soit une somme qui permet seulement d’assurer les frais liés à la présence et à la permanence du personnel. L’Etat souhaite que cette baisse budgétaire soit compensée par la recherche de nouveaux bailleurs de fonds, notamment issus du secteur privé mais l’état actuel de l’économie laisse à penser que ces ambitions sont difficilement réalisables dans un avenir proche.   Ce Goliath monumental est donc d’autant plus fragilisé qu’il coûte plus cher qu’il ne rapporte. Ses équipes ne peuvent compter que sur les maigres recettes de la fréquentation du Musée, dans la mesure où ni le restaurant, ni l’amphithéâtre ne permettent aujourd’hui de ramener des fonds.        M. LOUQUET souligne que ce manque de convivialité joue à la fois sur le manque à gagner du Musée, car l’amphithéâtre pourrait s’il était achevé être mis en location pour des mariages ou des conférences, et sur la baisse des fréquentions du Musée par rapport à son ancienne localisation dans la Maison du Peuple. En effet, situé à côté d’un maquis, il attirait plus les ouagalais, qui venus boire un verre, pouvaient profiter de cet excursion pour entrer dans le Musée

Les objectifs fixés au Musée, à savoir la sauvegarde du patrimoine et la promotion des témoins matériels des Burkinabés alliés à une plus grande ouverture sur l’art contemporain, sont donc particulièrement difficiles à atteindre et reposent sur la force et la vitalité des équipes du Musée regroupées depuis 2003 autour de la directrice Mme Aminata SAWADOGO.  Pour eux, la priorité est aujourd’hui de faire venir au Musée les Burkinabés qui sont encore trop peu nombreux à fréquenter le Musée, même si les statistiques montrent un regain de fréquentation ces dernières années. Cela s’explique en partie par le fait que les burkinabés n’ont pas grand  intérêt à venir voir exposés des objets ethnographiques qui font pour eux partie du quotidien et s’inscrivent dans des rituels particuliers qui ne peuvent pas être rendus dans une salle d’exposition. 

C’est pourquoi aujourd’hui le Musée souhaite décentraliser  dans les communes et villes environnantes ses collections ethnographiques afin de les rendre plus proches de leurs lieux d’origine et de permettre en son sein une  plus grande ouverture à l’art et aux artistes contemporains.  En effet, le musée qui possède déjà une centaine d’œuvres contemporaines  d’artistes primés lors des Semaines Nationales de la culture, évènement culturel annuel de Bobo Dioulasso, s’apprête à mettre en place des pavillons d’art contemporain, pour ouvrir  des expositions  à de jeunes artistes burkinabés et étrangers.  Ceci d’autant plus que le Musée est aujourd’hui responsable du site de Laongo, géré par l’office de tourisme, et qui accueille chaque année des sculpteurs venus du monde entier pour sculpter les rochers de granit. En 2010, une dizaine d’artistes burkinabés et étrangers seront invités sur le site pour une résidence artistique d’une durée d’un mois. Par ailleurs, pour les responsables du Musée, il est aujourd’hui grand temps de proposer de nouveaux types d’exposition plus proches des demandes du public africain, et moins calqués sur le modèle européen. Ainsi, en 2010 ouvrira une exposition itinérante intitulée A comme Afrique et réalisée en partenariat avec l’école du Patrimoine africain, le Ministère des Affaires étrangères français  ainsi que différents musées d’Afrique anglophone et francophone et le Musée du Quai Branly en France. Regroupés autour des 26 lettres de l’alphabet, 26 modules présenteront de manière vivante et didactique les différents pans de la culture africaine, en proposant de s’arrêter par exemple sur le C de Cuisine ou le P de peinture. Des animations viendront agrémenter  l’exposition afin de donner une plus grande part à l’implication du public.  De plus, ces animations et le propos de l’exposition s’adapteront au lieu de diffusion de celle-ci afin de coller au plus près avec les attentes du public sur place.

Mais de telles initiatives, si elles présagent d’un renouveau de l’action muséale au Burkina Faso et plus largement en Afrique de l’Ouest ne peuvent être effectives que si elles sont accompagnées d’un changement de mentalités vis-à-vis des Musées en Afrique. L’enjeu majeur  aujourd’hui est donc de redorer l’image du musée et plus largement de la culture auprès des populations locales et notamment des plus jeunes, qui sont  la priorité du Musée National du Burkina Faso.  Ainsi, le musée accueille chaque semaine une cinquantaine de jeunes scolaires afin de les familiariser  avec leur patrimoine culturel. De nombreux exercices sont mis en place en relation avec les enseignants comme des ateliers d’écriture par exemple, dans lesquels les élèves doivent mettre en scène les objets et les membres du Musée. C’est ainsi qu’une classe de CM1 a donné vie à l’inspecteur Mamadou, inspecteur de police audacieux qui résout les différents vols d’œuvres du Musée tout en expliquant la provenance et le rôle de chacune de ces œuvres disparues. Mais afin de rendre leur action plus efficace, les équipes du musée en partenariat avec  l’Ecole du Patrimoine Africain travaille à mettre en place une expérience déjà existante dans les Musées du Benin et du Sénégal : les mallettes pédagogiques. Musée miniature et transportable, ces mallettes qui contiennent chacune des objets issus du musée et particulièrement expressifs, permettent d’agir extra muros en allant à la rencontre des enfants qu’ils soient scolarisés ou non. La mallette devient un outil de dialogue et se substitut au Musée afin d’en abolir la frontière symbolique qui empêche la plupart des enfants de s’y rendre. Adaptées à différents types d’enfants ces mallettes se posent comme de véritable passeport pour la culture qui donnent envie à de nombreux enfants de venir voir de plus près  ce qui se passe au Musée. Ainsi, le musée de Kétou au Bénin, a accueilli environ 30000 enfants à la suite de cette expérience. 

Dès lors, malgré les difficultés structurelles et budgétaires du Musée National du Burkina Faso, beaucoup d’initiatives sont prises en faveur du public burkinabé, et  les Musées Nationaux africains qui travaillent aujourd’hui de plus en plus en collaboration sont les prescripteurs de nouvelles politiques culturelles communes et propres à la situation africaine. Cependant, dans le cas du Musée National du Burkina Faso, le manque de moyens financiers reste une entrave majeure à l’application d’initiatives qui mériterait qu’on leur accorde toute notre attention

Fodé et Zoé

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