Le Musée Provincial du Houet à Bobo Dioulasso : Donner à la culture les moyens de ses ambitions

03/03/2010 - Pays : Burkina Faso - Imprimer ce message


Entretiens réalisés avec M. Salgo Illassa, Valentin Lili, et Lacina Milogo, techniciens supérieurs du Musée Provincial du Houet à Bobo Dioulasso- BURKINA FASO

Si le Musée National de Ouagadougou impressionne par sa monumentalité, le Musée de Bobo Dioulasso, lui, surprend par sa toute petite taille.  Composé d’un unique bâtiment de plein pied, et de deux salles d’exposition, il doit être l’un des musées les plus petit d’Afrique, et c’est peut être pour cela que les guides touristiques ont tendances à le dévaloriser. Pourtant, cet écrin miniature, contient des ½uvres contemporaines qui rendent compte du travail  des artistes primés lors de la dernière Semaine Nationale de la Culture. Or, c’est peut être le seul endroit de la ville, hormis le Centre Culturel Français, qui donne à voir des ½uvres d’arts plastiques contemporaines.  Et, derrière sa scénographie simple et dépouillée qui lui donne le charme des petites chapelles de province française, on sent que le  musée est aujourd’hui en danger. A l’image de ces lieux de rites sacrés qui s’effritent à mesure que disparaissent les initiés, il semble que le Musée s’éteigne à force de ne recevoir personne, et l’on a envie de crier à qui peut l’entendre de venir et d’entrer dans ce lieu clôt de la culture qui raconte en si peu de mot l’âme multiple de Bobo Dioulasso.

Un musée original aux ambitions contrariées

En effet,  crée en 1984 sous la Révolution Sankariste, et fonctionnel depuis 1990 le Musée a d’abord été crée afin de représenter les  cultures des différentes communautés de la région comme les Bobos, les Peulhs ou encore les Sénoufos. On construisit alors dans la cour des reproductions d’habitats traditionnels de ces différentes ethnies, et à l’intérieur des salles de réunions mises à disposition des différentes communautés pour leur réunions et cérémonies. Ainsi, loin d’être seulement un lieu d’archive ou d’expositions, le musée a d’abord été pensé comme un outil culturel au service de la promotion des communautés de la région. Ainsi, dans les années 1990,  les différentes communautés faisait bénéficier au Musée des subventions qu’elles recevaient pour organiser leurs évènements pendant la Semaine Nationale de la Culture, festival majeur de Bobo Dioulasso, et permettait ainsi au Musée de vivre et de proposer des expositions diversifiées. Fort de ce succès, de nombreuses communautés ont souhaité être représentées au sein du Musée mais le manque de place et de moyens n’ont pas permis de faire les agrandissements nécessaires à leur venue. Au contraire, les travaux de la route proche du Musée ont amputé l’espace dédié à celui-ci et obligé les autorités à détruire la reproduction de l’habitat sénoufo existant jusqu’alors. Peu à peu les différentes communautés ont donc délaissé le Musée au profit de différentes associations dites de Parents à Plaisanterie. Leur retrait a alors distendu le lien existant entre la Semaine Nationale et le Musée, ce dernier n’étant plus le lieu propre aux manifestations du festival. Par ailleurs, et afin d’attirer plus de personnes au Musée et d’en faire à nouveau un lieu important pour les bobolais, les responsables ont souhaité créer une mare aux silures en prolongeant le marigot (eaux stagnantes) présent dans l’arrière cour. Malheureusement, le manque de moyens mis en ½uvre pour ce faire, a entravé le cours des travaux, et aujourd’hui seuls quelques silures sont présents dans ce qu’il reste d’eaux au musée. Or, il faut savoir que ces poissons-chats  présents dans le Houet (fleuve qui traverse la ville) sont sacrés, et que les habitants font régulièrement des v½ux sur leur passage. Leur présence aurait pu donner au Musée une notoriété incontestable auprès des touristes et surtout des bobolais.

 

Ainsi, à l’heure actuelle la situation du Musée est particulièrement difficile. Détaché de ce qui en faisait son essence et son fonctionnement, il a désormais du mal à trouver sa place auprès des bobolais qui le désertent et ont même du mal lorsqu’ils s’y rendent à accepter de payer le prix de la visite pourtant à 100 FCFA pour les nationaux. Même les touristes, mal renseignés par certains membres de la population ne veulent plus payer leur entrée de 500 FCFA accusant les responsables du site de corruption alors même que l’entrée a toujours été payante dans la mesure où les recettes de la billetterie, ainsi que la location de deux chambres situées dans l’enceinte du Musée et louées pour 3500 FCFA la nuit (moitié moins que la plupart des auberges de la ville) sont aujourd’hui les principales sources du financement  propre du Musée. De plus, devenu musée communal en 2008, le Musée de Bobo Dioulasso ne dépend plus aujourd’hui du Ministère de la Culture mais de la Mairie de la Ville qui ignore encore quels fonds allouer à son fonctionnement. La décentralisation envisagée de manière positive depuis Ouagadougou marque ici ses limites car les transferts de compétences n’ont à ce jour toujours pas été suivis des transferts de fonds, et la volonté affichées de faire des villes secondaires du pays de véritables pôles de compétences culturelles, est aujourd’hui menacée par l’appauvrissement des structures même de ces régions. La situation financière est donc particulièrement difficile pour les responsables qui doivent envisager le développement de leurs politiques muséales sans budget ni même moyens préalables. A ce jour, le Musée ne dispose  ni d’un véhicule, ni même d’une connexion internet. L’action est donc réduite à la volonté des équipes, nouvellement dirigée par Mme Sita Kam personnalité issue du monde de la communication. Ainsi, par la force des choses les responsables du Musée axent prioritairement leur action sur le public afin de faire prendre conscience aux burkinabés, artistes et visiteurs de l’importance du Musée et de son utilité potentielle pour l’ensemble de la population.

Faire évoluer les mentalités

Pour eux, en effet, il faut d’abord faire avec les moyens du bord et tenter de ramener les bobolais vers le Musée. Pour ce faire, ils utilisent le réseau personnel de la directrice pour bénéficier de spots publicitaires à moindre coût sur les radios locales. Cependant, si la communication est nécessaire, elle est insuffisante, car elle est toujours un appel à  « aller vers », et exige de chacun qu’il franchisse lui-même la porte du Musée. Or, nombreux sont ceux qui ne connaissent ou ne reconnaissent pas l’intérêt du Musée et plus majoritairement de la culture. Même les enseignants de la ville refusent de faire venir leurs élèves au Musée car ils envisagent cette visite comme étant hors programme, et pensent qu’elle leur fera seulement perdre leur temps. C’est pourquoi, les responsables du Musée, se battent aujourd’hui pour développer des activités extra muros, afin d’aller eux-mêmes vers leurs publics potentiels. Cependant, s’ils envisagent des expositions itinérantes et persistent à essayer de s’adresser prioritairement aux scolaires, ils ne font pas partie du dispositif des mallettes pédagogiques dans lequel s’inscrit le Musée National de Ouagadougou, et dont ils ignoraient même l’existence. Entravés dans leur volonté par le manque de moyens, de visibilité et de cohésion nationale, ils se tournent aujourd’hui vers des collaborations locales et  internationales et travaillent en étroite collaboration avec le Centre Culturel Français de la ville, le Musée de la Musique et la  ville françaises de Chalons en Champagne (jumelée à Bobo Dioulasso). Cependant, il est clair que l’échelon national est aujourd’hui un maillon manquant dans le développement de la culture du pays, et tous s’accordent sur le fait que le Ministère de la Culture devrait être plus présent. A défaut, ils savent que les solutions et le combat ne pourront venir que des artistes eux-mêmes qui doivent apprendre à se fédérer pour exiger que leurs travaux soient présentés dans de bonnes conditions. Aujourd’hui, ciment de cette exigence, le Musée se propose d’être un lieu de rencontres pour les artistes de la ville, et ses responsables sont prêts à mettre leurs connaissances pratiques au service d’une union artistique.

Ainsi, promoteur de la culture contemporaine de Bobo Dioulasso, le Musée Provincial de Bobo Dioulasso n’est pas ou plus le reflet d’une culture institutionnelle pensée depuis les hautes sphères étatiques. Au contraire , détaché d’une politique culturelle globale,  le Musée s’affirme hors de ses propres cadres, en tissant des liens étroits avec sa base : les artistes. Le chemin est encore long mais notre séjour sur place nous permet de penser que tous sont en train de le construire.

 Fodé et Zoé

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