Profession : Faiseurs de masques

21/03/2010 - Pays : Ghana - Imprimer ce message

Entretien réalisé avec  Assan et Ousséni  OUATTARA, dit les Frères Ouattara, artistes plasticiens  experts en masques africains et polychromie.

 BOBO DIOULASSO - BURKINA FASO

Souvent  face à l’art contemporain africain, on s’interroge sur  le rapport qu’on les artistes à la tradition, et nombreux sont ceux qui ont réfléchit à la question de la « pureté », et de la réelle « africanité » des artistes contemporains du continent … qu’ils continuent d’y penser, car face à nous le sourire des frères Ouattara nous  annonce une nouvelle manière de penser l’art non plus sous l’angle de l’origine mais sou celui de la transmission.


Les frères Ouattara, Assan et Ousséni sont jumeaux et c’est peu de le dire, car en plus de se ressembler comme deux gouttes d’eau, ils ont choisi de travailler ensemble et de cosigner  toutes leurs œuvres. Pour autant, ce ne sont pas des artistes au sens ou on l’entend habituellement car avant tout, ils sont experts en masques africains. Passionnés par cette tradition populaire, ils recherchent et travaillent l’histoire de chaque masques qu’ils croisent et c’est pour mieux les connaitre qu’ils ont choisis de les copier. Oui les frères Ouattara sont d’abord et avant tout des copistes : Mais s’ils copient les masques de leurs pays c’est dans l’espoir que les originaux restent  dans leur environnement  et que seules les copies soient visibles dans les grands musées européens spoliateurs du patrimoine africain. C’est pourquoi ils vendent leurs copies accompagnées d’un texte original reprenant l’ensemble de leur recherche sur le masque copié. Pour eux, l’art est donc d’abord une mission de connaissance et de préservation de ce qui existe déjà. Encrés dans la tradition, ils ont cherché à la comprendre à la fois théoriquement, en partant à la recherche de l’histoire des masques, et empiriquement en cherchant à reproduire exactement chacun des masques qui passent entre leurs mains.  Ils ne sculptent pas ces masques mais travaillent uniquement leur polychromie, et s’évertuent à reproduire leurs visages qui symbolisent pourtant l’invisible et le non dévoilement. Travaillant à mains pleine les mystères de l’art, ils se placent à la frontière du passé et du présent, à la lisière de l’art et de sa tradition, de la reproduction et de la création. Car à force de refaire ces masques et de chercher à comprendre leurs univers symboliques, les frères Ouattara ont commencé à créer leur propres symboles et leurs propre mythologie, dont  les portes peintes sont devenues les meilleures porte parole. Comme ils le disent eux-mêmes,  travailler sur une porte c’est à la fois  inviter chacun à entrer et  mais protéger  ce qu’elle renferme. Eux-mêmes sont comme des portes qui protègent et promeuvent l’art du Burkina Faso. 

Alors c’est vrai que la question de leur public n’est pas celle qu’ils envisagent en premier. Ils se contentent d’apprécier ceux qui viennent à eux et tachent toujours d’être présents pendant leurs expositions afin d’échanger avec ceux venus voir leur travail. Pour autant, s’ils disent ne pas intellectualiser la question de leur public, il pense l’art comme transmission. Pour eux, Tout travail manuel est une manière d’échanger, et de faire passer l’intelligible dans le monde sensible afin de le rendre plus compréhensible. Jouant sur les poncifs de l’art africain, en prônant le vrai à travers la copie, en inventant de nouvelles symboliques à partir de modèles traditionnel,  les frères Ouattara nous rappellent que l’art n’est pas à définir mais à vivre, et qu’il n’est pas la peine de trop y réfléchir, mieux vaut en rire.

Leur mot de la fin, est plus utopique, face aux petites querelles de l’art contemporain, ils préfèrent prôner la paix dans le monde. Sait-on jamais, elle pourrait arriver….

 

 

Fode et Zoe

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